Qui est François Villon ?

par M. Le Dilhuidy


1431 : Année de la mort de Jeanne d’Arc et de la naissance du peintre italien Montagna.
Certains spécialistes de Villon avancent des dates très précises « 1er avril 1431 (vieux style) ou 19 avril 1432 (nouveau style) : naissance à Paris de François de Montcorbier (alias des Loges) »
[Notre 1er avril rappelle ce changement de calendrier et notre lycée verra le jour 550 ans plus tard].
1438 : Orphelin de père, François est adopté par le chapelain de Saint-Benoît-le Bétourné, Guillaume de Villon dont il prendra le nom.

Item, et à mon plus que père,
Maitre Guillaume de Villon,
Qui été m’a plus doux que mère
À enfant levé de maillon[démailloté] :
Déjeté [sorti] m’a de maint bouillon [mauvais pas]
Et de cestui pas ne s’éjoie [ne se réjouit] ;
Si lui requiers à genouillon [à genoux]
Qu’il m’en laisse toute la joie ;
1443 : Villon étudie à la faculté des Arts de Paris La Sorbonne
1449 : Reçu Bachelier, il écrira pourtant

Hé ! Dieu, si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes mœurs dédié [sacrifié],
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyais l’école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole
À peu [peu s’en faut] que le cœur ne me fend.
1450 : Procès du Chapitre de Notre Dame contre Guillaume de Villon qui est emprisonné.
Naissance à Florence de Laurent Médicis
Première imprimerie de Gutenberg à Mayence
1451 : En Turquie, un sultan nommé Mahomet prend le pouvoir et créera un immense empire.
1452 : Villon est licencié et maître es-Arts. Cette même année une réforme importante de l’Université lui donne plus d’autonomie tandis qu’un fait divers concernant le déplacement d’une pierre déclenche une émeute universitaire appelée « l’affaire du pet au diable ». François a sans doute fait partie des manifestants. Jeune clerc, François travaille chez les hommes de loi le jour et hante les tavernes la nuit.
Naissance de Léonard de Vinci.
1453 : Prise de Constantinople par les Turcs
Bataille de Castillon, victoire française qui marque la fin de la guerre de cent ans.
1455 : François blesse mortellement le prêtre Philippe Sermoise. Il fuit pour échapper à sa première condamnation, reprend le pseudonyme « des Loges » (déloge ?). Sans travail, il s’acoquine avec les « Coquillards », bande de malfaiteurs dont il apprend l’argot, qu’il utilisera avec talent dans certains de ses poèmes les plus célèbres.
1456 : Alors que la Grâce royale lui est accordée pour l’affaire Sermoise, Villon se voit accusé du vol de 500 écus au collège de Navarre (aujourd’hui 5 rue Descartes à Paris). Ainsi il passe la nuit de Noël en prison et rédige le « Lais » quarante huitains d’octosyllabes qu’il signe « François Villon » pour la première fois
LE LAIS
I
L’an [mille]quatre cent cinquante-six,
Je, François Villon, écolier,
Considérant, de sens rassis,
Le frein aux dents, franc au collier,
Qu’on doit ses œuvres conseill[i]er [peser ses actes],
Comme Vegèce le raconte,
Sage Romain, grand conseill[i]er,
Ou autrement on se mécompte…
XL
Fait au temps de ladite date
Par le bien renommé Villon,
Qui ne mange figue ni date.
Sec et noir comme écouvillon,
Il n’a tente ni pavillon
Qu’il n’ait laissé[s] à ses amis,
Et n’a mais [plus] qu’un peu de billon [monnaie de cuivre]
Qui sera tantôt à fin mis [vite dépensé].
1457 : Il séjourne à Angers où il effectue des travaux divers, dont la tenue de livres de comptes rédigés avec beaucoup d’humour à la grande joie du seigneur qui en l’embauchant se voit dispensé d’impôts par le Roi amusé. Villon mène une vie errante, écrit des poésies qui l’amènent à la Cour de Charles d’Orléans à Blois. Il y remporte le « Puits » (concours de poésies).
1460 : Emprisonné à Orléans par les autorités ecclésiastiques, Villon est gracié et relâché par le duc Charles
La première bourse internationale de commerce est créée à Anvers
1461 : Villon est à nouveau emprisonné à Meung-sur-Loire et cette fois, torturé par ordre de l’évêque d’Orléans.

Après pain sec, non pas après gâteaux
En ses boyaux verse eau à gros bouillon
Bas en terre, table n’a ni tréteaux.
Le laissez-là, le pauvre Villon.
A trente ans, il rédige le « Testament » : rondeaux, ballades, épitres et chansons.
En l’an de mon trentième âge,
Que toutes mes hontes j’eus bues,
Ni du tout [tout à fait] fol, ni du tout sage,
Nonobstant maintes peines eues,
Lesquelles j’ai toutes reçues
Sous la main Thibaut d’Aussigny…
S’évêque il est, signant [bénissant] les rues,
Qu’il soit le mien je le regny [nie] !
Le débat du cœur et du corps de Villon
Qu’est-ce que j’ois [entends] ?- Ce suis-je ! - Qui ? , - Ton cœur,
Qui ne tiens mais [plus] qu’à un petit filet :
Force n’ai plus, substance ni liqueur,
Quand je te vois retrait [retiré] ainsi seulet,
Com pauvre chien tapi en reculet [à l’écart].
Pour quoi est-ce ? - Pour ta folle plaisance.
Que t’en chaut-il ? [que t’importe,] - J’en ai la déplaisance.
Laisse-m’en paix. - Pourquoi ? - J’y penserai.
Qu’en sera-ce ? - Quand serai hors d’enfance.
Plus ne t’en dis. - Et je m’en passerai.
- Que penses-tu ? - Etre homme de valeur.
Tu as trente ans : c’est l’âge d’un mulet ;
Est-ce enfance ? - Nenni. C’est donc foleur [folie]
Qui te saisit ? - Par où, par le collet ?
Rien ne connais. - Si fait. - Quoi ? - Mouche en lait ;
l’un est blanc, l’autre est noir[e], c’est la distance [différence].
Est-ce donc tout ? - Que veux-tu que je tance ? [débate]
Si n’est assez, je recommencerai.
Tu es perdu ! - J’y mettrai résistance.
Plus ne t’en dis. - Et je m’en passerai.
[acrostiche]
Voulez-vous que verté [vérité] vous di[s]e ?
Il n’est jouer qu’en maladie,
Lettre vraie que tragédie [sincérité qu’en mensonge]
Lâche homme que chevaleureux
Orrible son que mélodie,
Ni bien conseillé qu’amoureux.
A la mort de Charles VII, Louis XI accède au trône et gracie notre poète le 2 octobre.
C’est probablement après cette date que Villon entre dans une troupe de saltimbanques pour se faire plus discret et vivre de son art de l’improvisation.
1462 : Emprisonné au Châtelet à Paris pour vol, Villon bénéficie de l’intervention de la Faculté de Théologie. Après s’être acquitté d’une amende, il est libéré le 7 novembre.
1463 : Le notaire pontifical Ferrebourg est blessé par Robin Dogis. Villon est condamné à mort pour avoir participé à la rixe.

[quatrain]
Je suis François, dont il me poise [pèse],
Né de Paris emprès [près de] Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.
L’Epitaphe Villon
Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci[s] [miséricorde].
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant de la chair que trop avons nourrie,
Elle est piéça [depuis longtemps] dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre [poussière].
De notre mal [que] personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Villon fait appel de sa sentence devant le Parlement de Paris qui le gracie, mais le bannit pour dix ans, le 3 janvier [il y a 550 ans].

[acrostiche]
Veux-tu vivre ? – Dieu m’en doint [donne] la puissance
Il te faut… - Quoi ? – Remords de conscience,
Lire sans fi. – En quoi ? – Lire en science,
Laisser les fols ! – Bien j’y aviserai.
Or le retiens ! – J’en ai bien souvenance.
N’attends pas tant que je tourne à déplaisance.
Plus ne t’en dis. – Et je m’en passerai.
Dès lors, on perd sa trace. Villon est-il décédé en 1463 ou a t’il encore survécu quelques années refugié dans l’anonymat ? Retenons cependant ce dernier message de fraternité qu’il nous lègue :

[acrostiche]
Vivons en paix, exterminons discord ;
Ieunes et vieux, soyons tous d’un accord :
La loi le veut, l’apôtre le ramène [répète]
Licitement en l’épître romaine ;
Ordre nous faut, état [métier] ou aucun port [quelque appui]
Notons ces points ; ne laissons le vrai port
Par offenser et prendre autrui demaine.
1489 : Pierre Levet fait paraître la première édition des Poésies de Villon ;
1533 : Edition critique des œuvres (presque) complètes de François Villon par le poète Clément Marot. Travail courageux et considérable, à la fois savant et sensible qui révèle toute la richesse de l’un des premiers poètes lyriques d’expression française. [il y a 480 ans].
Xavier Lemaître
1er avril 2013